Duo à 2

Baloche

by on avr.13, 2009, under Opinion

Aujourd’hui le mot « baloche » m’interpelle. A l’instar de « clope » et selon les occurrences ou les régions, le terme est hermaphrodite. Au masculin, on pourrait penser qu’il désigne l’évènement, à savoir le bal en lui-même, la « date », comme on dirait maintenant. Au féminin, « la baloche » devient beaucoup plus général : on fait « la baloche », l’activité est prise dans sa globalité, d’où ses dérivés, « balocher » et, bien entendu, « balochard ».

Je viens de me relire ; je devrais peut-être arrêter de consulter Wikipedia, ça déteint vraiment trop sur mon style.

Le balochard est un routard du week-end. En guise de valoches, il traîne son « matos » avec lui. Au début, il peut se compromettre dans un orchestre de « biniou » ou faire des « remplas », histoire d’accumuler un pécule substantiel qui lui permettra de s’offrir bientôt l’instrument ou l’ampli de ses rêves. Il descendra/montera alors à Toulouse, chez Baron ou chez Feuillet, acquérir l’objet précieux possédé jusque là par les artistes punaisés sur les murs de sa chambre.

Au fur et à mesure des « répés », le balochard améliore sa technique, tout en s’acoquinant avec les autres membres du groupe, jusqu’à tisser des liens qui, autrefois, ne se formaient qu’à l’occasion du Service Militaire. En fait, les correspondances avec le monde sportif ne sont pas exagérées, dans la préparation, le travail individuel et collectif, y compris dans l’aspect un tantinet macho, notamment dans les orchestres ne comportant ni chanteuses, ni danseuses.

L’instant précis où l’on grimpe dans le car ou le camion frise le jouissif. L’aventure commence, on a tous une histoire à se raconter, un morceau ou un groupe qu’on a découvert durant la semaine, une grosse vanne ou une simple confidence. Au bout de quelques heures, on finit par arriver dans un bled qui figure péniblement sur la carte d’Etat-Major, après avoir suivi, non sans une certaine fierté partagée, le jeu de piste de nos affiches grand format.

Mon premier orchestre s’appelle « Jean-Pierre Anins ». Aucun des musiciens n’est doté de ce patronyme, c’est un nom créé de toutes pièces, mais l’autochtone du Comité des Fêtes local l’ignore. Ce dernier vient à notre rencontre tandis que nous déchargeons le matériel aux abords du chapiteau ; il veut parler au chef : « Jean-Pierre Anins, c’est qui ? » On se marre en douce en s’interpelant les uns les autres : « Hé, Jean-Pierre, t’as pas vu Jean-Pierre ? » « Si, il est dans le bus, avec Jean-Pierre ! »

Le matos monté, on fait la « balance » : réglage de tous les détails du son et des lumières ; on en profite parfois pour revoir la mise en place du dernier morceau qu’on vient d’intégrer au répertoire. Avant-goût du spectacle du soir, dont profitent quelques adolescentes rieuses venues dévisager les « musicos ». Nous, sur l’estrade, on joue les « pros », concentrés comme des bêtes sur notre prestation, tout en les matant du coin de l’œil. Un balochard ne « drague » pas, il se fait désirer.  « OK. C’est bon, allez, on va manger. Rendez-vous à toutes et à tous dès 21h. » C’est le pied !


2 Comments for this entry

  • Phil

    Mettez-en deux que si ça vous fait plaisir, allez…

  • Chris

    2 « l » ou un seul : « balloche » ou « baloche » ? Surtout que ce terme désigne aussi les testicules et comme dirait Pierre Desproges : « Testis unus, testis nullus : On ne va pas loin avec une seule c… ». Mais je digresse…

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