Consultant
by Phil on sept.02, 2009, under Opinion
C’est la rentrée. On entre à nouveau. L’entrée toujours recommencée. C’est par là. This way, please. A ce propos, ne vous vexez pas mais on ne dit pas « re-rentrer ». Je m’adresse ici tout particulièrement aux entraîneurs de rugby notoirement coutumiers de cette expression, qui, à l’instar du Barbarian, est effectivement un barbarisme s’ajoutant à un pléonasme. Je cite en exagérant même pas un peu : « Seb, eh SEB ! A la première mêlée qui se relève, repère bien le groin du pilar d’en face ; après, quand tu re-rentres, tu l’agenouilles. »
Les commentateurs sportifs ne sont pas en reste. Plus exactement les « consultants », neuf fois sur neuf d’anciens sportifs dits « de haut niveau » reconvertis dans les radios ou les télés à la recherche d’un nom qui a marqué les mémoires, et, si possible, quelques buts. Un consultant est quelqu’un que l’on consulte, un peu comme chez le toubib. Sauf que les honoraires du consultant dépassent très légèrement ceux du preneur de tension. Est-ce une injustice ? Le consultant, lui, sait de quoi dont il parle. N’en lui voulons pas si la langue qu’il pratique micro ouvert comme pendant les pauses publicitaires nourricières s’écarte régulièrement du chemin académique tracé dans les classes de soutien individualisé de français, entre le CE1 et la 3ème professionnelle.
Soyons francs. Le sportif ne peut atteindre le haut niveau dans toutes les sphères. On lui apprend à se servir de sa tête, OK, mais pour expédier le ballon au fond des filets (à défaut, dézinguer un rital irrespectueux en finale de Coupe du Monde) ; pour ce faire, l’intérieur doit rester stable, avec un minimum d’intensité électro-magnétique. Un sportif qui pense hypothèque gravement sa carrière. Au moment de tirer un pénalty, Ribéry ou Malouda calculent-ils la trajectoire du ballon dûe à sa possible résistance dans l’air, s’interrogent-ils sur la teneur des vociférations du clan d’en face faisant ouvertement allusion à leurs pratiques sexuelles ?
Non. Simplement, comme tout sportif de haut niveau qu’il est, il choisit un côté. S’il hésite trop, il a de fortes chances de tirer sur la barre, ou pire, directement dans les bras du goal, qui, par superstition, garde toujours dans son sac, à côté de sa bouteille d’eau vitaminée indétectable et de ses gants double-adhérence, le « Qu’est-ce qu’une chose ? » de Martin Heidegger chez Presses Pocket.
Je me garderai bien de mettre tous les consultants dans la même musette. Luis Fernandez, qui bosse chez RMC avant d’aller piger sur Orange Sport, a fait beaucoup de progrès dans son maniement de la syntaxe, et son vocabulaire atteint désormais les 500 mots ; ça suffit largement. Je ne parlerai pas de Daniel Herrero, le Che toulonnais aux cheveux blancs et au bandeau rouge dont le style flamboyant nous fait vibrer à chaque match du Quinze de France. Cet homme n’est pas un consultant, c’est un poète. Le Nougaro des mauls, le Baudelaire du cadrage-débordement. Dire que ce type-là jouait talonneur. A tous les coups il devait emporter de quoi bouquiner dans les mêlées. « Crouch, touch, pause, engage… »


