Author Archive
2010!
by Phil on déc.11, 2009, under Opinion
2010 ! Putaragne, ça y est ! On a dépassé la science-fiction ! Le futur est déjà derrière ! L’an 2000 et son cortège de voitures volantes et de bugs fantasmatiques s’effacent grave, plus has-been que jamais ; la nouvelle décennie s’annonce, très numérique, déjà mystique, épidémique, voire épistémique, un truc qui pourrait vouloir dire que les gourous de mauvais augure et alors là je vais mettre le correcteur orthographique vu que le mot « augure » me questionne méchamment le bulbe. Féminin ou masculin ? Singulier ou pluriel ? Fromage ou dessert ? Mon style dérape et mes paroles s’inscrivent derechef sur le papier virtuel, refusant de revenir en arrière. Pas de « flashback ».
Quoique. Quand j’étais ado, j’aimais bien la SF. Asimov, Bradbury, Ballard, Arthur C.Clarke, dont un roman venait d’être adapté sur grand écran par Stanley Kubrick. Le film débutait par dix bonnes minutes de silence, et on restait scotché sur son siège de velours rouge inconfortable et couinant, fasciné par des paysages fantastiques figurant l’aube de l’humanité. Aujourd’hui Stan pourrait toujours se gratter pour trouver le moindre producteur ! Au bout de quarante secondes de toundra préhistorique fouettée par les vents, les spectateurs éventuels auraient quitté la salle.
L’année phare de cette décennie sera sans nul doute 2012. En effet, non seulement le calendrier maya a prévu un alignement des planètes alors que moi je viens juste de me faire aligner pour absence de ticket parcmètre, mais en plus de ça les pôles vont s’inverser, ce qui aura pour conséquence directe que les boussoles indiqueront le sud et que les gens et les choses risquent fort d’être un tantinet secoués. Les ondes magnétiques foldingues et migratoires pourraient s’attaquer aux appareils électroniques, du coup les portables sonneraient n’importe quand, même éteints. Les cartes bleues deviendraient aussi utiles qu’une boîte de Viagra dans un harem. Bonjour la panique. Les gens du sud auraient dans leurs yeux le bleu qui manque à leur décor, et là ça ne rime plus du tout. On partirait en vacances dans le nord en écoutant nord-radio. Une bonne partie de la population serait carrément à l’ouest, à savoir les franc-comtois et les alsaciens, la cuisine orientale nous viendrait des Etats-Unis, et ça n’est pas une bonne nouvelle. Tout ça finirait par nous donner mal à l’ouestomac et la Nautamine serait en rupture de stock.
Sans parler des éruptions volcaniques, Clermont-Ferrand rayé de la carte, des tremblements de terre, tsunamis, cyclones, pluies torrentielles et tornades que Monsieur Propre à côté c’est de la pisse de zébu. A mon avis, mais je peux me tromper, l’humanité va en prendre un sacré coup le jour de la fin du monde. Et puis le lendemain, faudra tout remettre en ordre.
Consultant
by Phil on sept.02, 2009, under Opinion
C’est la rentrée. On entre à nouveau. L’entrée toujours recommencée. C’est par là. This way, please. A ce propos, ne vous vexez pas mais on ne dit pas « re-rentrer ». Je m’adresse ici tout particulièrement aux entraîneurs de rugby notoirement coutumiers de cette expression, qui, à l’instar du Barbarian, est effectivement un barbarisme s’ajoutant à un pléonasme. Je cite en exagérant même pas un peu : « Seb, eh SEB ! A la première mêlée qui se relève, repère bien le groin du pilar d’en face ; après, quand tu re-rentres, tu l’agenouilles. »
Les commentateurs sportifs ne sont pas en reste. Plus exactement les « consultants », neuf fois sur neuf d’anciens sportifs dits « de haut niveau » reconvertis dans les radios ou les télés à la recherche d’un nom qui a marqué les mémoires, et, si possible, quelques buts. Un consultant est quelqu’un que l’on consulte, un peu comme chez le toubib. Sauf que les honoraires du consultant dépassent très légèrement ceux du preneur de tension. Est-ce une injustice ? Le consultant, lui, sait de quoi dont il parle. N’en lui voulons pas si la langue qu’il pratique micro ouvert comme pendant les pauses publicitaires nourricières s’écarte régulièrement du chemin académique tracé dans les classes de soutien individualisé de français, entre le CE1 et la 3ème professionnelle.
Soyons francs. Le sportif ne peut atteindre le haut niveau dans toutes les sphères. On lui apprend à se servir de sa tête, OK, mais pour expédier le ballon au fond des filets (à défaut, dézinguer un rital irrespectueux en finale de Coupe du Monde) ; pour ce faire, l’intérieur doit rester stable, avec un minimum d’intensité électro-magnétique. Un sportif qui pense hypothèque gravement sa carrière. Au moment de tirer un pénalty, Ribéry ou Malouda calculent-ils la trajectoire du ballon dûe à sa possible résistance dans l’air, s’interrogent-ils sur la teneur des vociférations du clan d’en face faisant ouvertement allusion à leurs pratiques sexuelles ?
Non. Simplement, comme tout sportif de haut niveau qu’il est, il choisit un côté. S’il hésite trop, il a de fortes chances de tirer sur la barre, ou pire, directement dans les bras du goal, qui, par superstition, garde toujours dans son sac, à côté de sa bouteille d’eau vitaminée indétectable et de ses gants double-adhérence, le « Qu’est-ce qu’une chose ? » de Martin Heidegger chez Presses Pocket.
Je me garderai bien de mettre tous les consultants dans la même musette. Luis Fernandez, qui bosse chez RMC avant d’aller piger sur Orange Sport, a fait beaucoup de progrès dans son maniement de la syntaxe, et son vocabulaire atteint désormais les 500 mots ; ça suffit largement. Je ne parlerai pas de Daniel Herrero, le Che toulonnais aux cheveux blancs et au bandeau rouge dont le style flamboyant nous fait vibrer à chaque match du Quinze de France. Cet homme n’est pas un consultant, c’est un poète. Le Nougaro des mauls, le Baudelaire du cadrage-débordement. Dire que ce type-là jouait talonneur. A tous les coups il devait emporter de quoi bouquiner dans les mêlées. « Crouch, touch, pause, engage… »
Anglophobe
by Phil on mai.17, 2009, under Opinion
Aujourd’hui le mot « anglophobe » m’interpelle. C’est quelqu’un qui n’aime pas les angles. Il aime que tout soit rond, ou ovale, et enrage au fond de lui-même que le foot et le rugby nous viennent d’outre-Manche.
Comme qui dirait des anglures, des rosbifs. Ces gens-là ne sont pas comme nous. D’abord, ils roulent du mauvais côté de la route. Ils bouffent n’importe quoi avec de la sauce à la menthe et parlent à l’envers. Et surtout, cornegidouille, ils nous colonisent le Périgord, le Quercy, la Lomagne, le Lauragais et toutes nos belles provinces françaises du sud-ouest en rachetant des pierres en ruine pour une poignée de shillings. De connivence avec quelques maçons portugais, sans se soucier du pléonasme, ils bâtissent sans vergogne des manoirs prétentieux où les landladies s’invitent entre elles en se goinfrant de scones autour d’une théière géante enrobée d’un tricot vert et mauve dont le ridicule dépasse les limites de l’entendement…
A l’école, leurs gosses nous foutent la honte ! Ces petits cons sont bilingues, et nos valeureux instits, qui ont dû se former illico presto à la langue de Wilkinson en téléchargeant illégalement la discographie complète de Sir Elton John, doivent essuyer les quolibets sournois des têtes rouquines guettant le moindre défaut d’élocution !
Et que dire de l’invasion perfide de notre belle langue, dans nos medias, sur nos panneaux publicitaires, jusqu’au cœur de nos entreprises, dont le management , le turnover, le sponsoring, sont devenus incontournables ! On ne peut même plus se balader sur la toile sans tomber sur du spam, des logs, des blogs, des blorks, des smirks… je sais pas moi ! Y en a marre ! Trop c’est trop ! Si ça continue je vais demander la nationalité québécoise. Et pan ! Suppression de tous les termes anglo-saxons du vocabulaire, interdiction de jacter le grand-breton en public sous peine de travaux forcés à perpète, dissolution dans l’acide de la liste des verbes irréguliers ! La manière forte ! Ensuite, niveau 2 : réquisition immédiate de tous les relais-châteaux abreuvant les propriétaires des Rolls-Rover de nos nectars millésimés, de toutes les auberges rurales collabo offrant le lit et le petit-dèj aux descendants dégénérés de Jean-sans-Terre, expropriation massive des occupants au teint pâle et aux ratiches proéminentes des territoires acquis de haute lutte lors de la Guerre de Cent Ans, restitution de Jeanne d’Arc en état de marche, destruction massive des cassettes, vinyls, CDs, mp3, mp4, mp12, des brailleurs mancuniens, des psychopathes londoniens, des faux-frères new-yorkais et texans, de toutes celles et de tous ceux qui nous ont empoisonné la cervelle et la moelle pendant des lampadaires, ou des lustres, m’en fous ! GO TO HELL !!! FAUT TOUT CRAMER !!!
Bon. On se calme. Allez, je vais me mettre un disque de Georges Moustaki.
All You Need Is Love
by Phil on avr.25, 2009, under Opinion
Ça commence par les premières mesures de « La Marseillaise » : Po-pom-po-pom-pooom-pooom-pooom-poooooooooom… Mais ce n’est pas « La Marseillaise ». C’est… c’est…
« All You Need Is Love ». Yes! Vous le saviez! Trop fort.
Créé par Lennon et Mc Cartney à la fin des années soixante, c’est l’hymne à l’amour des Fab Four, en cette queue de comète du Flower Power californien, celle qui a embrasé l’été 67 et qui n’en finit pas de répandre ses parfums d’encens au gazon jusques-z-aux confins du vieux continent.
Papé du clip, le scopitone : happening psyché-bordélique et joyeux où les musiciens costumés jouent au milieu du public, images dévorées des yeux sur le téléviseur en acajou où cette damned couleur se fait attendre. « Love, love, love… » Ce n’est certes pas ma chanson préférée de la bande des 4, mais elle possède un charme tout particulier, un air du temps, un brin, pour ne pas dire une belle touffe de naïveté dont seule cette fin des sixties pouvait nous gratifier. Insouciance, légèreté, adolescence sans plomb.
Et cible idéale de plusieurs générations de caricaturistes pour qui le « baba cool » ne peut apparaître que sous les traits crétins d’un barbu-chevelu au sourire béat grignotant ses carottes bio, traînant ses pataugas dans la chèvrerie où quelques mouflets se trimbalent à poil. Et il suffit que le mec fasse un V avec les doigts pour que tout le monde se marre. « Et il est où ?… Et il est où ?… Et il est où le peace-and-love la-la-la-la… » Sûrement pas dans la ceinture de dynamite de celui-ci sur un marché de Bagdad, ni dans la lettre de licenciement de celle-là qui a passé trente ans à vérifier des pneus, ni dans le chargeur de la Kalach’ du pirate somalien, ni dans le regard du grand patron qui doit renoncer à ses stock-options…
Rideau. « Tu vois pas qu’on s’aime pas », chantait déjà Souchon dès la fin de la décennie suivante. Le constat pas aimable. L’anti-fraternitude. Déprimées, réprimées, comprimées, les personnes sont devenues des individus. All you need is… money ? jobs ? stars ? sex ?…
Le besoin d’amour est toujours là. Dieu l’avait compris avant tout le monde. Mais impossible de le joindre, son portable est toujours occupé. Je vous dis pas la tonne de messages sur le répondeur. Alors il nous reste quelques restes. En avant pour une balade magique et mystérieuse sur le toit du bus bariolé, la machine à remonter le temps vous emmène au pays des sous-marins jaunes. « It’s easy… »
Baloche
by Phil on avr.13, 2009, under Opinion
Aujourd’hui le mot « baloche » m’interpelle. A l’instar de « clope » et selon les occurrences ou les régions, le terme est hermaphrodite. Au masculin, on pourrait penser qu’il désigne l’évènement, à savoir le bal en lui-même, la « date », comme on dirait maintenant. Au féminin, « la baloche » devient beaucoup plus général : on fait « la baloche », l’activité est prise dans sa globalité, d’où ses dérivés, « balocher » et, bien entendu, « balochard ».
Je viens de me relire ; je devrais peut-être arrêter de consulter Wikipedia, ça déteint vraiment trop sur mon style.
Le balochard est un routard du week-end. En guise de valoches, il traîne son « matos » avec lui. Au début, il peut se compromettre dans un orchestre de « biniou » ou faire des « remplas », histoire d’accumuler un pécule substantiel qui lui permettra de s’offrir bientôt l’instrument ou l’ampli de ses rêves. Il descendra/montera alors à Toulouse, chez Baron ou chez Feuillet, acquérir l’objet précieux possédé jusque là par les artistes punaisés sur les murs de sa chambre.
Au fur et à mesure des « répés », le balochard améliore sa technique, tout en s’acoquinant avec les autres membres du groupe, jusqu’à tisser des liens qui, autrefois, ne se formaient qu’à l’occasion du Service Militaire. En fait, les correspondances avec le monde sportif ne sont pas exagérées, dans la préparation, le travail individuel et collectif, y compris dans l’aspect un tantinet macho, notamment dans les orchestres ne comportant ni chanteuses, ni danseuses.
L’instant précis où l’on grimpe dans le car ou le camion frise le jouissif. L’aventure commence, on a tous une histoire à se raconter, un morceau ou un groupe qu’on a découvert durant la semaine, une grosse vanne ou une simple confidence. Au bout de quelques heures, on finit par arriver dans un bled qui figure péniblement sur la carte d’Etat-Major, après avoir suivi, non sans une certaine fierté partagée, le jeu de piste de nos affiches grand format.
Mon premier orchestre s’appelle « Jean-Pierre Anins ». Aucun des musiciens n’est doté de ce patronyme, c’est un nom créé de toutes pièces, mais l’autochtone du Comité des Fêtes local l’ignore. Ce dernier vient à notre rencontre tandis que nous déchargeons le matériel aux abords du chapiteau ; il veut parler au chef : « Jean-Pierre Anins, c’est qui ? » On se marre en douce en s’interpelant les uns les autres : « Hé, Jean-Pierre, t’as pas vu Jean-Pierre ? » « Si, il est dans le bus, avec Jean-Pierre ! »
Le matos monté, on fait la « balance » : réglage de tous les détails du son et des lumières ; on en profite parfois pour revoir la mise en place du dernier morceau qu’on vient d’intégrer au répertoire. Avant-goût du spectacle du soir, dont profitent quelques adolescentes rieuses venues dévisager les « musicos ». Nous, sur l’estrade, on joue les « pros », concentrés comme des bêtes sur notre prestation, tout en les matant du coin de l’œil. Un balochard ne « drague » pas, il se fait désirer. « OK. C’est bon, allez, on va manger. Rendez-vous à toutes et à tous dès 21h. » C’est le pied !


